Blanc

2000
Genre : Danse
Chorégraphe : Cécile Loyer
Interprète : Cécile Loyer
Collaboration artistique : Mitsuyo Uesugi
Lumières et scénographie : Jean-Baptiste Bernadet
Durée : 27 minutes
Création à Tokyo, 2000
Production : Compagnie C. LOY
Soutien : Programme Villa Médicis Hors les Murs
agenda
  • Lundi 25 Octobre 2004 - 20:00
    Studio des Quatre vents - Bourg-en-Bresse (01)
  • Dimanche 21 Septembre 2003 - 20:00
    MJC Théâtre - Colombes (92)
  • Lundi 17 Mars 2003 - 20:00
    Art-Danse Bourgogne - Dijon (21)
  • Mardi 11 Février 2003 - 20:00
    Gare au Théâtre - Vitry-sur-Seine (94)
  • Vendredi 20 Décembre 2002 - 20:00
    Traverses, Centre Chorégraphique National - Orléans (45)
  • Mercredi 19 Décembre 2001 - 20:00
    Institut Français - Rabat (MAR)
  • Mercredi 22 Août 2001 - 20:00
    Institut Français - Marrakech (MAR)
  • Samedi 14 Avril 2001 - 20:00
    Higashi Koganei - Tokyo (JPN)
  • Samedi 28 Octobre 2000 - 20:00
    Espace Carré - Château-Gonthier-sur-Mayenne (53)
  • Mercredi 14 Juin 2000 - 20:00
    Espace Pier Paolo Pasolini - Valenciennes (59)
  • Vendredi 21 Avril 2000 - 20:00
    Amphitéa - Angers (49)
  • Vendredi 14 Avril 2000 - 20:00
    Café de la Danse - Paris (75)
  • Jeudi 16 Mars 2000 - 20:00
    Église du Vieux Saint-Étienne - Rennes (35)
  • Lundi 14 Février 2000 - 20:00
    Centre National de la danse - Pantin (93)
  • Mercredi 2 Février 2000 - 20:00
    Espace Saugonna - Mamers (72)
Blanc

Dans ma danse, et le travail que j'ai développé dans Blanc la surprise, le risque de l'instant ont leur place. Blanc a une histoire mais surtout, il est une histoire.

Je l'espère différente à chaque fois, avec des souffles, des énergies et des résonances qui n'existent que dans l'instant précis, grâce ou à cause de ce moment unique. Ce n'est pas un moment d'improvisation au sens premier du terme puisque la structure est là, l'improvisation étant par définition la création sans préparation. Mais la notion d'improvisation est fondamentale pour moi, car ma volonté dans Blanc est de jouer à chaque fois avec des espaces différents, des temps différents, des rebonds, des échos qui existent dans l'incidence du moment et non dans l'imitation, le connu, le pareil ; le moment particulier, ce qui s'y passe aussi.
Je veux proposer Blanc comme une parole, un geste d'échange possible partout ; comme on pose sa valise deux minutes juste parce que l'on vient d'être traversé par une pensée que l'on veut à tout prix partager... ici, maintenant, avec et pour celles et ceux qui veulent écouter et puis on repart, tout est oublié. Juste des traces de corps, de mots restent dans cet espace, dans les têtes peut-être. Le geste existe, les mots existent, l'espace se crée grâce à cette rencontre ; le regard de chacun, la place de chacun là.

Une multitude de corps et une tête ou, peut être un seul corps pour des milliers de têtes, des milliers d'yeux, des milliers de bouches, d'oreilles de femme.
La force, la fragilité, la magie de ces femmes connues, inconnues, celles qui m'entourent et font parties de ma vie chaque jour, celles rencontrées par hasard ; un regard, quelques mots.

Ce que j'aime, c'est cette faille cachée en chacune d'entre nous, c'est cette petite chose que l'on déteste, que l'on veut ignorer et que l'on essaye de dissimuler, d'effacer à tout prix. Le moment où quelque chose « dérape », où malgré nous quelque chose est lâché ; impossible à contrôler : les yeux, les mains, la voix. Le corps entier, dans un élan, s'engouffre dans cet état unique, différent chez chacune et semblable dans ce qu'il demande de naturel, d'inconscient. C'est dans les moments de solitude que cet état apparaît sans peine et sans peur. Une voix intérieure qui ne s'arrête jamais une fatigue, une lassitude vivante. Existe-t-il un endroit, un moment où la matière et l'esprit se rejoignent, où ils ne font qu'un et ne posent qu'une seule question ? Où le nombril et la pupille ne sont que deux points, deux centres ? Rien de plus. 

Parfois, je me dis que ce sont ces deux points (ou plutôt trois) qui sont ce que je suis, qui me relient directement à elles, à eux. Il y a toujours ce fil entre nous, il écrit un passé et un futur ; quoique nous fassions nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas rien. Le semblable dans l'unique. Je suis tout ce qu'ils m'ont donnée. Reconstruction d'un être unique. Folie étrange et généreuse. Évidence incontrôlable. Il faut en rire. Le dire et puis en rire.

« Je dédie ces paroles à ce que je ne comprends pas dans la vie, à tout ce qui se passe sous mes yeux. Je dédie ces paroles à l'impossibilité de trouver un mot qui égale le silence à l'intérieur de moi. » Paul AUSTER.

Au début, je voulais parler de bras, de jambes, de sauts, de corps s'abattant, tournoyant, d'immense voyages à travers l'espace, de villes, de déserts, de chaînes de montagnes qui s'étendent plus loin que le regard ne peut atteindre. Mais à mesure que les mots s'imposaient à moi, l'idée initiale perdait sa force. A contrecœur, j'abandonnai mes histoires plaisantes, tous mes récits d'aventures lointaines et commençai lentement, laborieusement à vider mon esprit. Seul demeure maintenant ce vide où, si petit soit-il, tout ce qui se passe peut se passer.


Cécile Loyer